26 févr. 2013

AIN'T I A WOMAN : black women and feminism - Bell Hooks


Bell Hooks, de son véritable nom : Glora Jean Watkins est une intellectuelle , activiste féministe et auteure prolifique, qui a de nombreux romans, essais et livres pour la jeunesse à son actif.

 Pendant ses études, elle constate l'absence de discussions ou travaux sur la contribution des femmes noires à la société américaine ; au mouvement féministe notamment. Selon elle, les femmes noires et leur expérience singulière aux États-Unis ont été oubliées ou tout simplement volontairement ignorées. Pour pallier ce désintérêt, elle décide de raconter l'histoire de ces femmes. La nécessité de cette entreprise lui sera confirmée par l'attitude de son entourage. Lorsqu'elle mentionne son idée de livre, lors d'un dîner entre amis, l'un d'eux, pris d'un fou rire lui répondra " What is there to say about black women?". D'autres amis présents éclatèrent de rire à leur tour.

Sa réponse se trouve dans Ain't I a women.

Dans cet essai qui se décline en cinq grands chapitres, Bell Hooks nous raconte l'expérience singulière des femmes noires des États-Unis. Depuis l'esclavage jusqu'aux années 1980, période où elle publie ce livre. En effet, pour expliquer le désintérêt pour l'histoire de l'américaine noire et sa dépréciation, il a fallu remonter aux sources des processus, violences, mythes et manipulations dont elle a fait l'objet au cours de l'histoire.

De nombreux intellectuels  sexistes ont, des années durant, minimisés l'impact de l'esclavage sur les femmes, en affirmant que les hommes, victimes de racisme et atteint dans leur virilité, étaient ceux qui en avait le plus souffert. L'auteure, au travers de ses recherches , montrera que, les femmes noires, ont non seulement souffert de racisme mais  également de sexisme. Ses deux formes d'oppression combinées , institutionnalisées à travers le patriarcat; ont eu un impact inimaginable sur l'histoire de la femme noire aux États-Unis.

 On réalise dès les premières lignes que si les esclaves, tout sexe confondu, ont vécu, enduré et surmonté des choses qui dépassent notre entendement aujourd'hui; la détresse des femmes a été aggravée par l'oppression sexiste, l'exploitation sexuelle, la masculinisation et la manipulation dont elles ont fait l'objet ; qui ont finit par les déshumaniser.
En effet, déjà sur les négriers qui les transportaient de l'autre côté de l'Atlantique ; les colons , s'attelaient , le long de la traversée à utiliser différentes méthodes pour détruire la fierté, l'arrogance, l'esprit de liberté et la dignité des esclaves. La méthode de "prédilection" qui sera utilisé sur les femmes pour les rendre plus dociles sera le viol.
Ainsi, depuis les bateaux, jusqu'aux plantations; le viol des femmes noires sera une "méthode institutionnalisée", courante, banale à tel point que pour éviter le mot "rape"(viol), on parlera des victimes comme des prostituées et par extension de toutes les esclaves comme telles. L'emploi de ce terme aura un véritable impact sur la perception des femmes noires qui se perpétuera par la suite dans l'histoire, jusqu'à nos jours.
De plus, sous l'ère victorienne, caractérisée par un puritanisme à toute épreuve, on martèle pendant les cours de religion que la femme noire est l'incarnation de l'immoralité sexuelle "sauvage" , la dépravation "diabolique". C'est la naissance du premier cliché et mythe sur celle-ci, qui traversera l'histoire, sera adopté par les hommes noirs qui , libérés, embrassent à leur tour le système patriarcal...

Il s'agira là du premier d'une longue série de clichés et mythes, construits de toutes pièces sur la femmes noire, revisités par les médias, les expressions culturels ( théâtres...). Ils traverseront le temps, l'espace ; pour affecter de manière insidieuse les consciences, d'aujourd'hui; et ce que l'on soit américain ou pas.

Après la traversée, la vulnérabilité des femmes noires, sera aggravée par le fait qu'un grand nombre d'entre elle travaillera dans les maisons, au plus près des maîtres. Les viols continueront et les femmes des maîtres  accuseront  et feront payer les "prostituées" plutôt que leurs maris. Ce sera le début de l'antagonisme entre femmes noires et femmes blanches qui les empêcheront , de se réunir, plus tard; sous la bannière du féminisme. Cet antagonisme; sera aggravé par l'envie-mépris que les femmes noires éprouvent envers les femmes blanches. En effet, ces dernières sont érigées par les enseignements de l'époque, comme le modèle de pureté et de féminité par excellence. On renie alors aux femmes noires leur féminité; elles, qui sont également nombreuses dans les plantations; portant des pantalons et effectuant des tâches d'hommes.

Ainsi, Bell Hooks examinera l'impact du sexisme sur les femmes noires durant l'esclavage, la dévaluation perpétuelle ces dernières dans l'histoire américaine, l'impérialisme du système patriarcal qui a ,dans une certaine mesure, réussi à absorber les hommes noirs qu'il oppressait autrefois (ces dernier pratiqueront l'oppression sexiste à leur tour) et bien d'autres sujets...
Enfin l'auteure aborde la question du féminisme ; notamment l'émergence du Black Feminism, né de la nécessité pour la femme noire, muselées par les féministes blanches, de pouvoir exprimer des revendications propres à leur expérience. Sa naissance coïncide avec celle du mouvement pour les droits civiques. Ainsi la question du sexisme mais également du racisme sera au centre des préoccupation et des textes fondateurs du mouvement.





Au delà de la question de l'histoire de la femme noire, cet essai est un véritable voyage dans l'histoire des États-Unis et dans la mentalité du WASP qui domine le monde, crée de toutes pièces des mythes et hiérarchie, qu'il bouleverse lorsqu'elles ne servent plus ses intérêts comme il le voudrait...

L'auteure aborde également des sujets connexes telles que les problèmes entre afro-américain et afro-américaines notamment au sein des couples à cause des mythes et clichés. Elle aborde également  la différente perception des couples mixtes : noirs/blanches vs blancs/noirs et bien d'autres sujets de ce type...

Son travail de recherche est impressionnant. Pratiquement chaque page est ponctuée d'extraits d'articles de journaux, discours, études, réflexions, pièces de théâtre, publicité pour assoir les mythes qui datent parfois du 19ème siècle...

Enfin, Bell Hooks rend hommage aux femme qui ont marqué le Black Feminism par leurs actions, écrits et réflexions. Elle rend un hommage particulier à la remarquable Sojourner Truth, ancienne esclave émancipée, qui en 1852 prononcera son célèbre discours : " Ain't I a woman ?"

12 févr. 2013

Ladysmith Black Mambazo


Malgré l'apparence effrayante de son nom, le Ladysmith Black Mambazo, tente de diffuser à travers sa musique la culture Zoulou, mais également des messages d'amour, de paix et de fraternité.

Petite histoire de la création du groupe :

En 1964, après avoir fait une série de rêves dans lesquels il  entendait/voyait, l' isicathamiya, la musique traditionnelle zoulou, chantée par un choeur; Joseph Shabalala fonde le Ladysmith Black Mamabazo.

"Ladysmith" est le nom de la ville de laquelle il est originaire. "Black" représente le boeuf noir, considéré comme l'animal le plus puissant de la ferme. "Mambazo" signifie "hâche" en Zoulou et symbolise leur capacité à "tailler en pièces" leurs adversaires lors des concours. 
En effet, à ses débuts, le groupe remporte tous les concours de chants traditionnels auxquels il participe. Son niveau est tel qu'en 1973, on lui interdit de prendre part à ses derniers en tant que challenger. On lui offrira la catégorie "hors compétition". Sa renommée, commence alors à se répandre dans tout le pays.

Au départ, le groupe est principalement composé de ses frères et cousins.
Aujourd'hui ses frères on été remplacés par quatre de ses fils : Msizi, Sibongiseni, Thulani et le plus jeune, Thamsanqa.

En 1975, Joseph Shabalala se convertit au christianisme, ajoutant des chants religieux à son répertoire.

Très vite, le groupe vocal devient l'ambassadeur de la culture Zoulou et de l'Afrique du Sud à travers le monde. Dès 1985, alors que le pays est encore sous le régime de l'Apartheid ; le célèbre Paul Simon, fait appel à Joseph Shabalala pour participer à son album Graceland. Se sera la naissance du titre Homeless qui aura un succès retentissant.  Le Ladysmith part alors en tournée dans le monde entier.


Sa relation particulière avec Nelson Mandela :

Au-delà de ses nombreux succès planétaires, ce qui a fait sa particularité et a tenu une grande importance dans sa carrière; c'est sa relation avec Nelson Mandela. En effet, en 1990, lorsqu'il  se produit sur scène à l'anniversaire de ce dernier; Albert Mazibuko, l'un des premiers membres raconte: "he  stood up and he danced with us and he shook our hands and he said keep up the good work... your music has been a great inspiration for me".

En 1993, à la demande de Nelson Mandela, le groupe se rend avec lui à Oslo, à la cérémonie de remise de son prix Nobel de la paix. Un an plus tard, il se produit à sa cérémonie d'investiture. Enfin , en 2003, Nelson Mandela fait de nouveau appel à lui pour en faire l'ambassadeur de sa campagne mondial de sensibilisation pour le VIH/Sida, intitulé 46664, son matricule de prisonnier.

Un palmarès impressionnant :

 Durant ses 30 dernières années de carrière, le groupe a enregistré plus de 40 albums, obtenu 3 Grammy Award dans la catégorie "best traditional folk album" et a été nominé 16 fois  dans cette même catégorie;  notamment en 2011 pour son album "Song from a Zulu Farm".
 Il a collaboré avec de nombreux artistes tels que Stevie Wonder, Dolly Parton, Ben Harper ou encore George Clinton. Ils ont également fait des apparitions dans la video Moonwalker de Michael Jackson et Do it Acapella de Spice Lee. On peut également entendre leurs chansons dans de nombreux films notamment Coming to America/Un prince à New York ou encore le Roi Lion (Mbube, qui est à la fois un vieux style acapella sud Africain . Mbube signifie également Lion).

Ainsi  le Ladysmith Black Mambazo est considéré comme l'ambassadeur de la culture Sud-Africaine à travers le monde.


Sa musique et l'histoire de celle-ci :

Groupe Acapella impressionnant qui mélange clic xhosa, percussions buccales, bruitages, tiré des styles mbube et Isicathamiya. Ce dernier genre, signifie " Tip Toe Guys" en Zulu. En effet, au 19ème, dans les  mines d'or et de diamants du pays, les travailleurs se divertissaient dans les camps; en créant musiques et chants inspiré de leur musique traditionnelle: Mbube. Mais ils devaient danser "en douceur", "on tip toes" pour ne pas attirer l'attention des gardiens blancs. Ils créèrent ainsi l'Isicathamiya, une musique accompagnée de danses expressives mais paradoxalement très calme.

Concert:

Ainsi, bien que leur musique soit très apaisante avec des paroles ( en anglais et en Zulu) très émouvantes; il est impossible de s'ennuyer pendant leurs concerts. Les chanteurs arrivent à créer des interactions avec le public grâce à leur entrain , leur mimiques ou encore leur chanson au ton humoristique. C'est le cas notamment de la chanson "Paulina" dans laquelle ils mettent en garde la jeune fille contre les garçons mal intentionnés qui souhaitent " touch touch and kiss kiss and after they leave you (her) alone" (Très bons conseils lol) (voir première vidéo).
Chacune de leur chanson est accompagnée de gestes expressifs , petites chorégraphies ou encore des danse "on tip toes" avec des mouvements de jambes impressionnants. En effet, ces derniers font appel à une agilité et une souplesse remarquable et ce d'autant plus qu'ils sont réalisés sur de petits espaces.
Lorsque Joseph Shabalala et l'un des plus vieux membres du groupe s'y mettent, les exclamations, et acclamations fusent dans la salle. (voir vidéos)

À plusieurs reprises,Joseph Shabalala se retire pour laisser la place à deux de ses fils : Sibongiseni et Thamsanqa, la relève comme il aime à le rappeler, aux timbres de voix complètement différents et qui, comme leur père, savent enchanter le public.


Le Ladysmith semble avoir encore de beaux jours devant lui....


Surtout avec des fans comme moi (lol)!! Je suis allée les voir en concert à deux reprises déjà et n'hésiterait pas à aller les applaudir de nouveau si l'occasion se représentait.


Photos : 

Alors voici quelques photos prises pendant le concert : 

Joseph Shabalala en avant

Shabalala qui mène sa troupe




Sibongiseni Shabalala, un de ses 4 fils présents dans la troupe

Thamsanqa Shabalala (alto), dernier fils , qui remplacera son père à la tête du groupe lorsque ce dernier prendra sa retraite 

Les groupies ! (lol) / Thamsanqa au centre


 Autre concert:
Concert à Wilmington, Delaware


Séance de dédicace ! Trop contente ! (lol)



Vidéos:

Extrait/fin de "Paulina" , dirigé par Thamsanqa :
Extrait "Coming to America" / "Roi Lion" + "Amen" de Joseph Shabalala
Mouvements de jambes impressionnants / "on tip toes" :
Chant religieux dirigé par Thamsanqa avec une petite choré à la fin: ( je suis amoureuse de sa voix )




Salut final